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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 08:42


Sauvegarde du Patrimoine Doménois 
Notre association
Le Prieuré de Domène - Historique
Commune de Domène (Isère)


Les vestiges


1. Le Plan
2. Elévation
3.Le décor
4. Eglise romane, église gothique 


1. Le Plan.

En descendant du centre de Domène vers l'Isère, prenant à gauche juste avant de couper la voie ferrée une petite route que l'on suit sur trois cents mètres, on découvre non loin du cimetière, les ruines très évocatrices de l'église Saint-Pierre et Paul, seul vestige du prieuré qui se composait, bien sûr, d'un cloître et de divers bâtiments à l'usage des moines (salle du chapitre, dortoir, réfectoire, grange, etc...)

L'église Saint-Georges qui à l'origine, se trouvait près du monastère, n'a laissé aucune trace.




L'église, dont le choeur est tourné vers les pentes de Belledonne, à peu de chose près vers l'est, comprend un vaisseau unique de vingt trois mètres sur dix dont l'extrémité est reliée par un large passage central (cinq mètres de large) et deux petits de chaque côté (un mètre vingt de large chacun)

à un transept peu saillant terminé par trois absides parallèles ; celle du milieu, plus grande, est précédée d'une travée de choeur moins longue que large (trois mètres soixante cinq sur cinq mètres), celle du sud a disparu, remplacée par une chapelle triangulaire - celle que les Arces ajoutèrent au début du XVIe siècle

Ce plan, correspondant à l'église du XIe siècle, associant une nef unique, un transept et trois absides parallèles, est caractéristique des petits établissements monastiques, et plus particulièrement ceux du sud de la France.


Au XIIIe siècle, le vaisseau fut divisé en trois travées, visibles sur le plan par les quatre piliers engagés composés de sections angulaires et circulaires alternées.

A trois de ces supports correspondent des arcs-boutants extérieurs, rajoutés peut-être à la même époque.

Les plans en représentent six. Trois sont indiscutables puisqu'ils se trouvent encore en place, mais pour les autres, le problème se pose car ils n'ont laissé aucune trace d'arrachement sur les murs de l'église. Que les deux arcs qui encadrent la façade ouest n'aient pas existé se conçoit car le mur, plus épais, peut assurer l'équilibre des poussées de la première travée. Mais le vide du côté sud, entre la deuxième et la troisième travée, correspondant à un arc au nord, est plus surprenant ; ce ne serait pourtant pas le seul exemple de cet illogisme dans la région, puisque dans le canton de Saint-Marcellin, l'église abbatiale de Saint-Antoine n'est épaulée qu'à intervalles irrégulières.


Accolés au mur sud du transept et de la chapelle d'Arces se distinguent encore quelques restes très mutilés des bâtiments claustraux.



Une vue cavalière du prieuré en 1698, montre en effet ceux-ci disposés en deux ailes perpendiculaires délimitant avec l'église un espace rectangulaire où devaient se tenir le cloître.





2.Elévation.


Seuls subsistent encore les deux murs latéraux de l'église, celui qui sépare la nef du transept, le bras sud du transept et la chapelle d'Arces. Le vaisseau est à ciel ouvert, la façade a en partie disparu, remplacée à une période récente par un mur plus bas ouvert d'une grande arcade, l'absidiole nord et celle du choeur n'existent plus que sur un mètre cinquante de hauteur.


a) L'extérieur.


Les deux étapes de construction - romane et gothique - se lisent avec une grande facilité sur les murs latéraux dont l'appareil est composé sur les trois quarts de la hauteur de petits galets disparates et gris, non taillés, et sur la partie haute, de briques bien assemblées, aux couleurs vives.

L'édifice primitif - l'église consacrée en 1058 - était d'une construction assez grossière, de même largeur que le bâtiment postérieur qui en a repris les murs.


De chaque côté de la nef s'ouvraient quatre baies irrégulièrement espacées en plein cintre, assez larges, (un mètre cinquante environ), entourées de petits claveaux de tuf. Bouchées par la suite, mais encore très visibles, elles furent remplacées par trois baies gothiques percées dans le mur supérieur en brique surélevé d'un étage ; on peut remarquer une analogie avec l'église Saint-André de Grenoble puisque le même matériau est utilisé. Ces nouvelles fenêtres sont plus étroites mais plus longues, et toujours en plein cintre. L'église du XIe siècle dont les murs sont minces (un mètre vingt) et non flanqués de contreforts, ne portait certainement qu'une charpente de bois. Lors de la reconstruction par contre, on lance une voûte d'ogive sur la nef que l'on épaule peut-être à cette même époque, par des arcs-boutants en brique, extrêmement primitifs, gros piliers rectangulaires à un mètre du mur, reliés à celui-ci par un quart de cercle surmonté d'un tympan. Deux existent au nord, un au sud qui s'appuie d'ailleurs en partie sur une fenêtre primitive bouchée, ce qui souligne encore la différence d'époque.

L'appareil du croisillon sud du transept appartient à la première église. Peut-être remontant à la même époque, s'ouvre à son extrémité une porte en plein cintre encadrée de claveaux de tuf.


b) L'intérieur.


L'élévation intérieure de la nef présente les mêmes caractéristiques qu'à l'extérieur, à savoir la différence d'appareil et les baies bouchées apparentes qu'aucun enduit ne masque plus.


Les baies gothiques, entourées d'un faisceau de deux nervures toriques séparées par des ressauts en angle droit, correspondent chacune à une travée. Au nombre de trois, celles-ci sont séparées par quatre piliers de brique engagés dans le mur : une demie-colonne (qui recevait le doubleau) s'appuie à un dosseret encadré de deux colonnettes (sur lesquelles s'appuyaient les nervures d'ogive). Deux piliers seulement ont des socles, et tous sont surmontés de chapiteaux en molasse très abîmés, dont les corbeilles s'ornaient de crochets sous des talloirs carrés, comme on en trouve au XIIIe siècle.


La voûte comme nous l'avons dit plus haut, n'existe plus, mais on distingue très bien son profil en arc brisé sur les murs latéraux.


Dans chaque angle de l'église apparaît encore sur quelques mètres la retombée d'une ogive qui est portée, à hauteur des chapiteaux des piliers, par un cul de lampe assez grossier, en quart de sphère. Ces portions d'ogive ont la forme de gros tores, éléments qui peuvent sembler assez archaîques puisque caractéristiques du XIIe siècle, mais qui sont encore utilisées dans l'église Saint-André au milieu du XIIIe siècle.

Sur le mur est de la nef, au-dessus de l'ouverture donnant sur le choeur, se distingue pris dans la maçonnerie, un large arc de brique brisé, très plat et un peu irrégulier. Trop bas pour correspondre au profil de l'ancienne charpente et ne se retrouvant pas de l'autre côté du mur, sa fonction reste mystérieuse. Arc de décharge ou simple motif décoratif, il a été conçu avec une certaine maladresse.


La nef s'ouvre sur le transept par trois arcades de taille différente : celle du centre, large et haute est encadrée de deux autres beaucoup plus petites, celle du sud lui arrive à mi-hauteur, tandis que celle du nord, bouchée mais visible monte pratiquement jusqu'au départ du cintre central. A l'intrados de l'arc médian, les piédroits ne descendent pas jusqu'au sol mais s'arrêtent à trois mètres au-dessus, en une moulure horizontale s'appuyant sur trois modillons en forme de têtes humaines. Dans l'arcade latérale sud se retrouvent deux figures du même genre. Nous sommes ici en présence d'un exemple unique d'église ajoutant à une nef simple un mur à triple arcade.


Le carré du transept est lui aussi à ciel ouvert. Les deux arcades qui le délimitent encore, côté nef et côté croisillon sud, sont de même hauteur. L'angle qui les relie est encore pourvu, un peu au-dessus, d'une des quatre trompes qui devaient porter une coupole, puis le clocher, que l'on sait à cet emplacement par le plan cavalier du prieuré, déjà cité. Ce genre de couverture sur un carré de transept, portant ou non un clocher, est assez fréquent dans les églises romanes de la région. La trompe encore en place témoigne elle aussi d'une certaine maladresse de construction : au lieu de la forme concave bien nette en demi-cône ou en petit cul de four que l'on trouve dans les monuments soignés, l'angle des deux murs rattrape tant bien que mal la forme circulaire du petit voûtin supérieur de la trompe, avec à la base une légère saillie faisant penser à un encorbellement.

Le croisillon sud ne présente plus de fenêtre romane, et s'il en a eu, elles ont disparu dans la vaste échancrure qui déchire le mur sud. Dessous, la porte plein cintre visible de l'extérieur, est bouchée. La couverture subsiste encore ; il s'agit d'un voûte d'arrête dont les retombées se font aux angles sud des culs de lampe, et se perdent au nord dans les piedroits de l'arc. Le bombement est très modéré, la ligne de faîte étant horizontale. Les pierres, bien visibles, permettent d'illustrer la technique habituelle de construction de ce type de voûte : les arêtes ne sont pas constituées d'une chaîne de blocs coudés communs aux deux berceaux, mais d'un enchevêtrement de pierres appartenant alternativement à l'un et à l'autre que l'on retaillait après la pose pour en dégager une forme angulaire ; quant à la carapace, réalisée sans tracé géométrique préalable, elle consiste en un conglomérat de pierraille et de mortier.


c) La chapelle d'Arces.


Rajoutée à la place de l'absidiole sud, la chapelle, rectangulaire, prolonge le croisillon du transept au-delà du choeur. Elle comporte deux travées.
On y accède par une grande arcade plein cintre en brique ayant conservé des traces de peinture ocre à l'intrados ; mais à l'origine, l'ouverture était plus large et surmontée d'un grand arc brisé dont on distingue, à l'intérieur, le profil.

En face (à l'est), symétrique, se trouvait également une grande fenêtre en arc brisé, occupant une bonne partie du mur, qui maintenant est très remanié. Chacune des deux travées est carrée, la première légèrement plus petite que la seconde.
 
Elles sont couvertes de voûtes d'ogives en briques ; dans la travée ouest, les ogives, mieux conservées, au profil assez compliqué et angulaire, retombent sur des culs de lampe en quart de sphère surmontés de collerettes de forme prismatique. On voit encore le cercle de la clef de voûte dont la sculpture a disparu. Les ogives de la travée est plus larges et carrées subsistent juste au niveau de leur retombée sur les culs de lampe, qui sont de même forme que les précédents, mais plus petits. Les deux parties sont séparées par un arc doubleau brisé qui repose sur des chapiteaux très usés aux tailloirs carrés surmontant des pilastres étroits dont la base est haute et de profil semi-polygonal.

Reliant le choeur à la travée Est se trouve une petite porte aux rebords chanfreinés, dont l'arc brisé est surmonté d'un gros boudin mouluré de même forme. Sur le mur Sud de cette même travée on peut voir deux éléments intéressants :
Une niche voûtée en plein cintre, délicatement ornée (colonnettes de part et d'autre sur base travaillée, arc trilobé sous le tore de l'arc plein cintre reposant sur des chapiteaux bagués, médaillon quadrilobé surmontant l'ensemble) servait de "piscine" destinée à l'usage des burettes et à l'écoulement de l'eau, ainsi qu'en atteste le trou rond percé au-milieu de la pierre de base, prolongé au-dessous par l'emprunte d'un tuyau. Juste à côté, un enfeu s'ouvre dans le mur et devait autrefois contenir le tombeau d'un membre de la famille d'Arces.

La plupart des éléments constituant les restes de cette chapelle font effectivement penser à un gothique assez tardif : les ogives au profil compliqué, alliant courbes et angles, avec un méplat en fort relief, la forme prismatique des collerettes des culs de lampe, les multiples angles des bases des deux pilastres intermédiaires, le décor découpé, délicat et abondant de la petite piscine, etc...


3. Le décor.


L'église du prieuré ne présente que très peu d'éléments décoratifs.

Bien qu'une grande partie du bâtiment ait disparu - façade, corniche, clocher, chevet, éléments qui en général faisaient l'objet de plus de soin - on peut imaginer que cet édifice un peu fruste comportait peu d'ornementation.

Les têtes sculptées.


Huit têtes sculptées existent, comme nous l'avons vu, à l'intrados des deux arcs reliant la nef au transept, supportant les retombées de ces arcs.

Dans celui du centre, trois sont disposées côte à côte de chaque côté. Les quatre figures situées aux extrémités semblent remonter à la période gothique, tandis que les deux du centre, de facture et de dimension différente, paraissent plus tardives, peut-être Renaissance.


Le premier ensemble de têtes, placé sans doute au moment de la reconstruction du XIIIe siècle, assez abîmé, est difficile à analyser : s'agit-t-il de représentations de saints (mais aucun attribut ne les accompagne), de moines, ou de personnages laïques sans signification ?

Les visages sont larges et un peu grossiers, mais on distingue toutefois une expression assez travaillée, rendue par le sourire à peine esquissé par le modelé des pommettes légèrement saillantes ; les yeux ne sont pas gravés, mais sculptés en relief ainsi que les cheveux courts et les oreilles.

C'est cette recherche de réalisme, malgré une certaine maladresse, qui fait plutôt penser à un esprit gothique. On ne dispose guère d'éléments de comparaison dans la région permettant de mieux cerner l'origine et le caractère de ce type de sculpture.

Les deux figures centrales, beaucoup plus petites, calées tant bien que mal dans des cavités trop larges, ne sont pas en meilleur état, Le travail des traits est plus fin, les visages sont plus étroits et mieux proportionnés. Le personnage du piédroit Nord ressemble à un ange avec ses cheveux ondulés qui encadrent son visage, tandis que son vis à vis, dont le crâne paraît tonsuré, représente plutôt un moine.

La pierre à entrelac.


A l'extérieur de l'église, une pierre sculptée de calcaire blanc a été placée lors de la construction du XIe siècle puisqu'elle se trouve à l'angle Sud-Ouest de la nef, à quelques mètres du sol, au niveau des fenêtres, au milieu de l'appareil en petits galets du premier édifice. Sur son côté le plus large, à l'Ouest, est représentée une croix, dont les quatre branches égales se terminent par une fleur de lis ; un ruban à trois brins forme, en s'entrelaçant à ce premier motif, quatre feuilles aux coins de rectangle de la pierre.

L'origine de ce bloc décoré est obscure. Appartient-il au XIe siècle à cause de son tracé assez compliqué ? Il aurait donc été sculpté pour la décoration de l'église romane. Pourtant il fait figure de pierre rapportée, insolite sur cet angle de l'édifice. Il semble plutôt avoir été pris sur un autre édifice, plus ancien, dans lequel il ne se trouvait pas à un angle, mais au milieu d'un mur puisque son second côté visible est beaucoup plus étroit ; et cette tranche lisse et nue, sans doute lorsqu'on a placé la pierre en construisant le prieuré, a été gravée, d'une manière tout à fait différente : on distingue en effet, bien que très effacée, une figurine linéaire, sans relief ni détails; l'un de ses deux bras se dresse, comme pour un geste de bénédiction.

Peintures.


Au début du siècle subsistaient dans un bâtiment conventuel situé au Sud du choeur quelques traces d'une crucifixion. Aujourd'hui, plus rien n'est visible et nous nous contenterons donc à ce propos de retranscrire ce qui en a été dit dans le livre intitulé « La Peinture Murale en France » :

"Ce vestige, quoique mutilé, présente un certain intérêt car on dispose pour le prieuré de Domène de dates précises ; la fondation a en effet eu lieu en 1027 par Ainard 1er de Domène et la consécration en 1058 par Léger archevêque de Vienne et d'autres évêques. La peinture remonte à cette époque.

Le bras gauche de la croix est conservé. C'était une croix pattée bordée de pastilles blanches selon un modèle qu'on rencontre fréquemment à l'époque carolingienne. On remarque les très longs doigts de la main du Christ. On devine encore aux côtés de la croix les têtes auréolées et le haut des corps de la Vierge et de Saint-Jean. Tous ces éléments font penser aux premiers temps de l'art roman".

Dans la chapelle d'Arces existaient sur les murs des peintures, actuellement disparues, que Albert du Boÿs décrit ainsi :

"Ces vieilles fresques, un peu grossières et tombant en poussière, représentent d'un côté Jésus Christ, de l'autre Saint-Paul avec son glaive, et un peu plus bas, un chevalier agenouillé sur une tombe dont il ne reste que les cuisses, jambes et pieds bardés de fer ; le tombeau-mausolée se trouvait sans doute en-dessous."


4. Eglise romane, église gothique : bilan et éléments de datation.


L'église romane remonte sans aucun doute au milieu du XIe siècle puisque l'on dispose de la date -1058- à laquelle la construction du prieuré se trouvait achevée. Le premier édifice, d'après ce que l'on peut en voir, était simple et sobre, à l'image de la plupart des petits édifices ruraux du Dauphiné à l'époque romane : un plan en T avec trois absidioles parallèles, une nef unique, des murs minces en petit appareil local irrégulier, de larges fenêtres cintrées assurant une grande clarté intérieure, une couverture toute simple en charpente, une coupole ou demi-sphère sur trompes au-dessus du carré du transept, supportant le clocher, des croisillons voûtés d'arêtes.

Une certaine maladresse s'observe dans la construction romane, en particulier dans l'irrégularité d'espacement des baies latérales de la nef et dans la facture de la trompe subsistant à un angle du carré du transept.

Pour l'église gothique, on ne dispose d'aucune date et d'aucune indication d'archive. C'est donc d'après des éléments architecturaux que l'on peut émettre des hypothèses quant à son époque d'origine.

Laissant intacts le transept et le chevet du premier édifice, la reconstruction ne s'est effectuée que sur la nef qu'elle a rehaussée d'un étage, avec des briques, et couverte d'une voûte d'ogive, séparant l'espace intérieur en trois travées chacune percée d'une baie.

L'emploi de la brique, bien qu'assez fréquent dans la région, peut sembler un peu surprenant de la part d'un monastère dont la richesse à l'époque ne fait aucun doute ; par comparaison, on peut citer l'église Saint-André de Grenoble qui en a été pourvue afin de faire vite et de réduire les dépenses dans la première moitié du XIIIe siècle. Ce détail peut faire penser à une volonté, chez les moines de Domène, d'imiter l'illustre construction pieuse des dauphins, ainsi que le nouveau chevet, choeur et abside de la cathédrale de Grenoble reconstruit en briques au XIIIe siècle.

Les arcs-boutants ne peuvent pas être considérés comme éléments de datation car on ne peut être certain de leur origine. Leur forme, tout à fait grossière et sans rapport avec un contrebutement gothique, même primitif, généralement constitué d'un arc assez fin et très oblique reposant sur un contrefort, fait penser à un rajout postérieur édifié en catastrophe pour éviter l'écartement de la nef. Celle-ci lors de sa reconstruction gothique n'aurait pas été contrebutée - on ne distingue aucune trace de contrefort, formule classique pour épauler une nef unique - sans doute parce qu'on a estimé que l'épaisseur des piliers, réduisant la largeur du vaisseau, assurerait la stabilité de l'ensemble. Mais à une époque postérieure indéterminée, il s'avéra sans soute que l'édifice menaçait de s'affaisser, et on ajouta d'urgence de gros massifs de butement aux endroits les plus menacés, ce qui peut expliquer l'irrégularité de l'épaulement extérieur.

Mais aucun texte ne venant appuyer cette hypothèse, le problème de l'origine de ces arcs-boutants, contemporaine ou non de la nef gothique, reste posé.

Malgré l'archaïsme des éléments constituant l'église gothique de Domène, on ne peut pour autant la faire remonter trop loin dans le temps car ce retard se style est une caractéristique de la région. Bien que l'architecture gothique soit bien établi en France à la fin du XIIe siècle, l'église du prieuré de Domène présente une silhouette extérieure encore romane alors qu'elle date de la première moitié du XIIIe siècle, et n'utilise que modérément à l'intérieur les éléments gothiques : baies gothiques encore en plein cintre, dont le profond ébrasement est garni de tores et de ressauts, la voûte dont on distingue le profil sur le mur Est, au dessin assez aplati et à peine brisé, les ogives en forme de gros tores...

Il est fort probable que la deuxième église du prieuré ne soit pas antérieure à celle de Saint-andré ; elle remonterait donc au plus haut à la première moitié du XIIIe siècle, ou peut-être juste après si l'on considère qu'elle s'inspire des deux exemples grenoblois (Saint-André et le choeur de l'abside de la cathédrale Notre-Dame).

Rappelons avant de finir que sous l'arcade centrale du mur séparant la nef du transept, une dalle masque l'orifice d'un trou qui était autrefois un escalier donnant accès au caveau de la famille Ainard, puis Monteynard.

Peut-être serait-il intéressant de l'explorer, opération que ne fut jamais réalisée de mémoire d'homme.   

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commentaires

JA 12/09/2010 09:20


Bonjour, je prépare un article sur le prieuré de
Domène sur mon blog, je ne manquerais pas de mettre en lien le vôtre où les explications architecturales sont très complétes et précises.
Bonne continuation
Jocelyne ARTIGUE


13/09/2010 09:01



Bonjour,


Nous vous remercions pour l'intérêt que vous portez au Prieuré de Domène


Nous espérons vous voir pour les journées deu patrimoine Samedi 18 et Dimanche 19 Septembre


Meilleures salutations


Claude Cermeno


Trésorier de l'association "Sauvegarde du Patrimoine doménois


 


 



Marion COSTA 15/04/2010 08:26


Je vous remercie.
Mon adresse mail est marion-costa@neuf.fr

Cordialement,

Marion COSTA


Claude Cermeno 14/04/2010 19:00


Merci de bien vouloir me faire parvenir l'adresse de votre courrier électronique.
Je vous fairai parvenir toutes les informations dont je dispose

Claude Cermeno
Trésorier de l'association
"Sauvegarde du Patrimoine Doménois


Marion COSTA 05/04/2010 18:27


Bonjour,

Actuellement étudiante en L3 d'histoire de l'art à Grenoble, je travaille sur les églises romanes en Dauphiné. Avez-vous un plan de cette église ? Serait-il possible que vous m'envoyiez quelques
photos ?

En vous remerciant de l'attention que vous pourrez accorder à ce message,

Cordialement,

Marion COSTA