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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 11:06










LE PRIEURE DE DOMENE.

Remarquablement situé à Domène, (Isère) dans la vallée du Grésivaudan, le Prieuré de Domène dédié aux saints Pierre et Paul a été consacré solennellement    le dix août 1058

 
Notre Association

Le Prieuré de Domène (historique)

Le Prieuré de Domène (vestiges)

Commune de Domène (Isère)





Le Prieuré de Domène est en effet, nous disent les experts, l'un des plus anciens édifices médiévaux conservés dans notre départment.
Certes, il ne s'agit que de belles ruines, mais celles-ci sont suffisamment illustres et présentes encore sous nos yeux pour mériter cette présentation.

 

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Published by Claude Cermeno
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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 09:49

 







Sauvegarde du Patrimoine Doménois

 

Seconde fondation clunisienne dans le diocèse de Grenoble, le prieuré de Domène fut fondé en 1027

 

Sauvegarde du Patrimoine Doménois  

Le Prieuré de Domène - Historique 

Le Prieuré de Domène - Vestiges  

Commune de Domène (Isère)  

 

Qui sommes nous ?

 

Historique de l’association

Buts-Statuts

Bureau

Comment adhérer ?

 

 

 

Historique de l’association

 

Notre association « Sauvegarde du Patrimoine Doménois » a été fondée en 1986 et sa première assemblée générale s’est déroulée le 10 avril 1987

 

Buts-Statuts

 

Elle s’est fixée principalement pour but « de sauvegarder les ruines du prieuré de Domène, de mettre ce monument en valeur, en organisant des campagnes de fouilles, des travaux d’entretien et de restauration, d’organiser différentes manifestations et plus généralement de préserver le patrimoine culturel et historique de Domène ainsi que de recueillir les traditions orales du canton de Domène et des environs »

 

La sauvegarde du prieuré de Domène est donc devenue, dès la création de notre association un des objectifs prioritaires. Il s’agissait, dans un premier temps, d’arrêter les dégradations et de procéder aux réparations indispensables. Cet objectif est sur le point d’être réalisé, en particulier avec la restauration de la chapelle d’Arces, la réfection des parties détériorées de la nef et du chœur, ainsi que la remise en état des couvertures en tuiles. Signalons au passage que depuis la création de notre association, les subventions accordées par le Service départemental de l’architecture et par le Conseil Général de l’Isère ont été pratiquement multipliées par quatre.

 

Il s’agissait également de donner du recul aux bâtiments, du côté du chœur et de la chapelle d’Arces, afin de faciliter les visites et les différentes interventions. Cet objectif est également atteint grâce à l’intervention de la municipalité de Domène, qui a procédé à l’achat de deux parcelles de terrain d’environ 500 mètres carrés.

 

Dans un deuxième temps, nos objectifs sont plus ambitieux et l’intention de notre association serait de mettre en place une couverture qui aurait le double avantage de mettre hors d’eau la nef et de permettre aussi d’organiser des activités culturelles plus importantes sur le site (exposition, conférences, concerts, etc..) sans crainte des caprices du temps. Il est bien entendu hors de question de reconstituer la couverture gothique de la nef (édifée au XIIIè siècle), mais de mettre en place une couverture la plus légère possible avec une structure métallique tubulaire, afin de récupérer les eaux pluviales et de les rejeter hors bâtiment.

 

Cette intervention qui suppose bien entendu un investissement élevé, pourrait à terme se révéler économique, car elle permettrait d’éviter certaines réparations cycliques et coûteuses, dûes aux infiltrations des eaux et au gel. Pour permettre ces différentes interventions, notre association a signé le 14 mars 1987 avec l’actuel propriétaire Monsieur Louis Henri de Monteynard, un bail de prêt à usage notarié, d’une durée de douze ans reconductible.

 

Enfin, une convention a été signée en 1994 avec l’association « Le fil d’Ariane », afin d’inclure le prieuré de Domène dans le circuit traditionnel des visites historiques et archéologiques de Grenoble et de ses environs.

 

Mais les activité de notre association, même s’il en est l’élément le plus important ne s’arrêtent pas aux limites du prieuré : d’autres vestiges, concernant le patrimoine religieux, rural et industriel, viennent d’être recensés sous l’égide de la Conservation du Patrimoine de l’Isère.

 

Il seront l’objet des soins attentifs des membres de notre association, ainsi que de tous ceux qui voudront la rejoindre, afin de les protéger et de les faire connaître.

 

Bruno Escallier.

Président de l’association.

Sauvegarde du Patrimoine Doménois.

 

Bureau

 

Le Bureau de l’Association est composé de :

Président                                  : Bruno Escallier.

Vice-Président                          : Jean Aparicio.

Trésorier                                  : Claude Cermeno.

Secrétaire                                 : Marcel Rassat.

 

Responsables d’activités.

Travaux historiques                  : Jean Aparicio.

Organisation des voyages         : Bruno Escallier, Jean Aparicio.

 

Comment adhérer ?

 

L’Association Sauvegarde du Patrimoine Doménois vit essentiellement des cotisations de ses membres.

 

Votre adhésion contribuera à renforcer ses moyens d’action et à assurer le rayonnement du Prieuré de Domène à travers ses différentes activités :

 

Travaux d’entretien et de restauration

Campagnes de fouilles

Organisation de différentes manifestations

Recueillir les traditions orales du canton de Domène et des environs

 

 

 

Notre adresse :

Sauvegarde du Patrimoine Doménois

Mairie de Domène

38420 DOMENE

FRANCE


Le Prieuré de Domène (historique)  

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Published by Claude Cermeno
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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 09:47


Sauvegarde du Patrimoine Doménois
Notre association
Le Prieuré de Domène - Vestiges
Commune de Domène (Isère)

Le Prieuré de Domène

 

Historique


1 La Fondation
2 La Dédicace
3 Essor du Prieuré
4 Structures et fonctions du Prieuré
5 Evolution du Prieuré

 

1.La Fondation : de 1027 à 1058

 

Les Fondateurs : La famille Ainard

L'origine de la seigneurie des Ainard se situe à la fin du Xè siècle lorsque l'évêque de Grenoble Isarn, après avoir chassé du diocèse de Grenoble des envahisseurs payens avec l'aide d'une poignée de valeureux guerriers, distribua à ces derniers des terres en remerciement. C'est un certain Rodolphe à qui revînrent celles situées à Domène et dans les environs.Ce fief s'étend depuis la Coche de Theys jusqu'au ruisseau du Domeynon, soit un territoire comprenant 16 communes actuelles qui sont les suivantes :

Dans le canton de Domène :

La Combe de Lancey, Domène, Laval, Revel, Saint Jean le Vieux, Saint Mury Monteymond, Sainte Agnès, Le Versoud et Villard Bonnot

Dans le canton de Goncelin :

Les Adrets, Le Champ près Froges, Froges, Hurtières, La Pierre, Tencin, Theys

Seconde fondation clunisienne dans le diocèse de Grenoble après celle de Vizille, le prieuré de Domène doit son origine à la fondation faite en 1027 par Ainard 1er et son épouse Fécenna de l'église Saint-Georges. Il semble probable qu'une première communauté de moines est dès lors installée à Domène, desservant l'église paroissiale Saint-Georges, tandis qu'est entreprise l'édification d'une nouvelle église, réservée au service prieural.

 

2.La Dédicace

 

Le quatrième jour des ides d'août 1058 en effet eut lieu la dédicace de l'église du prieuré, en l'honneur de Saint-Pierre et Saint-Paul et de tous les apôtres ; l'autel du midi est consacré à la Vierge et à tous les Saints tandis que celui du nord est voué à Saint Jean Baptiste et à tous les martyrs.

Quatre importants prélats assistent à la cérémonie dont on imagine le faste :

Léger, archevêque de Vienne, Ebbon, archevêque de Tarentaise, Winneman, archevêque d'Embrun et enfin Artaud, évêque de Grenoble.

Toute la famille seigneuriale bien sûr se trouve présente : le seigneur Ainard, ses frères Guigues et Aténulfe, sa femme Elisabeth et son père Rodolphe.

 

3.Essor du prieuré

 

Après sa consécration, le prieuré de Domène connait un essor fulgurant, dû tant à l'habilité des bénédictins qu'à la protection et à la générosité de la famille Ainard, d'un grand nombre de nobles des alentours et même des évêques de Grenoble. Le Cartulaire de Domène réunit une bonne partie des chartes retraçant les multiples donations effectuées par tous ces seigneurs entre le XIe et le XIIIe siècle, mais il serait trop fastidieux de les énumérer.

 

a) Les donateurs

 

La première raison invoquée pour une offrande au prieuré est le salut de l'âme et la rémission des péchés.

Les Ainard :

Les seigneurs de Domène se montrent bien sûr les plus généreux. Premiers fondateurs du prieuré, ils désirent pour leur notoriété et par leur piété, augmenter au maximum le patrimoine de la maison religieuse.

Les autres laïcs :

De nombreux nobles du voisinage suivent l'exemple des Ainard. Les Alleman, seigneurs d'Uriage, la famille Morard offre aux moines des biens dans les lieux du Versoud et de Theys.

Les clercs :

L'évêque de Grenoble autour de 1 110 fait don à l'ordre de Cluny de toute une serie d'églises situées sur la rive gauche de l'Isère.

 

b) La nature des dons

 

Ceux de nature ecclesiastique

 

Beaucoup d'églises deviennent propriété du prieuré qui les patronne : le prieur en désigne les curés et récolte les dîmes. Les dépendances consistent en cimetières, chapelles, parcelles de terre ainsi que les dîmes, les oblations, les droits de sépultures. Les portions de dîme affluent en majorité, car tous les nobles, petits ou grands, en possèdent, et les moines de Domène en récupèrent ainsi sur toutes les paroisses du mandement de Domène et même au-delà.

 

Les autres dons :

 

Il s'agit d'exploitations agricoles, de parcelles de terre,d'artifices et de redevances.

Et un fait significatif ressort :

Les moines de Cluny, lorsqu'ils s'installent à Domène au XIè siècle, ne trouvent pas une région désertique de forêts ou de vallées vides, mais un pays déjà fort peuplé et des exploitations agricoles bien en place avec tout ce que cela comporte.

Voici une énumération des types de donations, telles qu'ils apparaissent au XIè et XIIè siècle dans le Cartulaire de Domène

 

Les Exploitations :

Le manse, la cabannerie, la borderie

 

Les petites tenures diverses :

La tenure ou tènement, la casate, le casement, le courtil, la grange, le cellier

 

Les terres :

Terres sans plus de précision mesurées en sétérées, champ, pré, vignes, alpages, saulsaie, forêts

 

Les artifices :

Moulins, battoirs,

 

Les redevances :

Revenus sur le port de l'Isère, redevances en nature : vin, pain, froment, bois, foin ou paille, agneaux, porcs, chapons, huile de noix ou d'olive...redevances en argent

 

Les moines de Domène, au XIIIè siècle, se trouvent donc à la tête d'un gigantesque patrimoine, concernant soixante à soixante dix paroisses, dont la moitié se situent sur la rive gauche de l'Isère, un quart sur la rive droite et l'autre quart dans les régions plus lointaines de Savoie, Matheysine, Trièves et Champsaur. Les revenus du prieuré à cette époque sont supérieurs à ceux de la Grande Chartreuse pourtant chef d'ordre.

 

4. Structures et fonctions du prieuré.

 

Le prieuré de Domène se soit de compter treize ou quatorze religieux dans ses murs, soit douze moines et "un moine au-dessus des autres".

Le prieur supérieur intervenant dans la plupart des actes du Cartulaire, correspond à celui dit du Chapitre.

Le second, celui du Cloître (le moine au-dessus des autres) est cité de temps en temps.

C'est un nommé Hugues qui dirige en premier la maison religieuse, puisqu'il est qualifié de "prior primus de Domena". On peut également noter la présence à la tête du prieuré de Pierre-Maurice de Montboissier, dit Pierre le Vénérable, pendant deux années de 1120 à 1122, avant d'être élu abbé du monastère de Cluny qu'il gouverne jusqu'à sa mort en 1156.

Quant aux moines, outre le service de Dieu, ils se répartissent les tâches qui assurent la bonne marche du monastère : économe, sacristain, sommelier.

Des frères convers s'occupent de tout le travail plus ingrat.

Le monastère, comme le précise une visite aux prieurés Clunisiens de 1303 assure l'office divin continuellement, l'hospitalité et l'aumône.

On peut préciser qu'il fait en plus fonction d'église paroissiale, puisque l'ancienne église de Domène, Saint-Georges, a été inclue dans le prieuré, duquel elle se trouve très proche, dès la fondation de celui-ci. Au XVIIIè siècle encore, le service paroissial est assuré par le monastère mais les disputes entre les religieux et les habitants déterminent ces derniers à construire une église dans le bourg.

 

5. Evolution du prieuré.

 

a) Fin XIIIè et XIVè siècle

 

Jusqu'au XIIIè siècle, période correspondant à son apogée, le prieuré de Domène reçoit un grand nombre de biens.

En 1296, les visiteurs des prieurés Clunisiens trouvent à Domène quatorze moines servant Dieu avec dévotion mais un prieur endetté suite à une pénurie de vin, et ayant des ennuis avec les nobles des alentours.

En 1303, les mêmes personnages constatent que l'officie divin, l'hospitalité et l'aumone y sont toujours assurés, mais le dortoir n'est pas dans les règles, le vestiaire est insuffisant car les moines n'ont pas plus d'une pelisse en deux ans, ni de tunique, ni de veste; quant au prieur, il s'excuse, avec le procureur, de la pauvreté des offices, mais ils ont des difficultés financières à cause de la mauvaise administration du précédent Hugues de la Porte.

En 1314, 1317, la conclusion rassurante des prieurs en visite est "tout va bien à Domène".

En 1331, le toit de l'église demande réparation.

En 1340, Mgr Jean de Chissé ne signale rien de particulier à Domène si ce n'est un moine terroriste qui se promène dans le bourg avec des armes.

 

b) Le déclin.

 

Le déclin du prieuré s'amorce au XVè siècle, et jusqu'au XVIIIè où elle disparait, la maison religieuse ne se relèvera plus.

Jusqu'en 1500, la plupart des seigneurs de Monteynard choisissent Domène comme lieu de sépulture et dotent le prieuré de grosses sommes d'argent. Puis au XVIè siècle, ils se désintéressent totalement de la fondation de leurs ancêtres.

C'est autour de cette époque (début XVIè siècle) que la famille d'Arces, implantée à Domène depuis le début du XIIIè siècle, fait construire une chapelle, à l'angle méridional de l'église du prieuré, pour ses sépultures.

Malgré cela, la courbe descendante amorcée se poursuit et nous retrouvons un monastère presque vide à la fin du XVIIè siècle puisque cinq moines seulement l'habitent.

Un siècle plus tard, en 1788, un bref papal supprime le prieuré qui deux ans après est vendu comme bien national. Subissant de nombreuses mutilations, l'église est transformée en grange tandis qu'on y adosse des échoppes construites avec les débris du cloître.

En 1839, la marquise de Monteynard rachète ce qu'il reste des bâtiments et évite ainsi une destruction complète ; ses descendants en sont encore aujourd'hui les propriétaires.

Les caveaux de leurs ancêtres furent vidés et les sépultures transportées dans une chapelle à Tencin.

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 08:42


Sauvegarde du Patrimoine Doménois 
Notre association
Le Prieuré de Domène - Historique
Commune de Domène (Isère)


Les vestiges


1. Le Plan
2. Elévation
3.Le décor
4. Eglise romane, église gothique 


1. Le Plan.

En descendant du centre de Domène vers l'Isère, prenant à gauche juste avant de couper la voie ferrée une petite route que l'on suit sur trois cents mètres, on découvre non loin du cimetière, les ruines très évocatrices de l'église Saint-Pierre et Paul, seul vestige du prieuré qui se composait, bien sûr, d'un cloître et de divers bâtiments à l'usage des moines (salle du chapitre, dortoir, réfectoire, grange, etc...)

L'église Saint-Georges qui à l'origine, se trouvait près du monastère, n'a laissé aucune trace.




L'église, dont le choeur est tourné vers les pentes de Belledonne, à peu de chose près vers l'est, comprend un vaisseau unique de vingt trois mètres sur dix dont l'extrémité est reliée par un large passage central (cinq mètres de large) et deux petits de chaque côté (un mètre vingt de large chacun)

à un transept peu saillant terminé par trois absides parallèles ; celle du milieu, plus grande, est précédée d'une travée de choeur moins longue que large (trois mètres soixante cinq sur cinq mètres), celle du sud a disparu, remplacée par une chapelle triangulaire - celle que les Arces ajoutèrent au début du XVIe siècle

Ce plan, correspondant à l'église du XIe siècle, associant une nef unique, un transept et trois absides parallèles, est caractéristique des petits établissements monastiques, et plus particulièrement ceux du sud de la France.


Au XIIIe siècle, le vaisseau fut divisé en trois travées, visibles sur le plan par les quatre piliers engagés composés de sections angulaires et circulaires alternées.

A trois de ces supports correspondent des arcs-boutants extérieurs, rajoutés peut-être à la même époque.

Les plans en représentent six. Trois sont indiscutables puisqu'ils se trouvent encore en place, mais pour les autres, le problème se pose car ils n'ont laissé aucune trace d'arrachement sur les murs de l'église. Que les deux arcs qui encadrent la façade ouest n'aient pas existé se conçoit car le mur, plus épais, peut assurer l'équilibre des poussées de la première travée. Mais le vide du côté sud, entre la deuxième et la troisième travée, correspondant à un arc au nord, est plus surprenant ; ce ne serait pourtant pas le seul exemple de cet illogisme dans la région, puisque dans le canton de Saint-Marcellin, l'église abbatiale de Saint-Antoine n'est épaulée qu'à intervalles irrégulières.


Accolés au mur sud du transept et de la chapelle d'Arces se distinguent encore quelques restes très mutilés des bâtiments claustraux.



Une vue cavalière du prieuré en 1698, montre en effet ceux-ci disposés en deux ailes perpendiculaires délimitant avec l'église un espace rectangulaire où devaient se tenir le cloître.





2.Elévation.


Seuls subsistent encore les deux murs latéraux de l'église, celui qui sépare la nef du transept, le bras sud du transept et la chapelle d'Arces. Le vaisseau est à ciel ouvert, la façade a en partie disparu, remplacée à une période récente par un mur plus bas ouvert d'une grande arcade, l'absidiole nord et celle du choeur n'existent plus que sur un mètre cinquante de hauteur.


a) L'extérieur.


Les deux étapes de construction - romane et gothique - se lisent avec une grande facilité sur les murs latéraux dont l'appareil est composé sur les trois quarts de la hauteur de petits galets disparates et gris, non taillés, et sur la partie haute, de briques bien assemblées, aux couleurs vives.

L'édifice primitif - l'église consacrée en 1058 - était d'une construction assez grossière, de même largeur que le bâtiment postérieur qui en a repris les murs.


De chaque côté de la nef s'ouvraient quatre baies irrégulièrement espacées en plein cintre, assez larges, (un mètre cinquante environ), entourées de petits claveaux de tuf. Bouchées par la suite, mais encore très visibles, elles furent remplacées par trois baies gothiques percées dans le mur supérieur en brique surélevé d'un étage ; on peut remarquer une analogie avec l'église Saint-André de Grenoble puisque le même matériau est utilisé. Ces nouvelles fenêtres sont plus étroites mais plus longues, et toujours en plein cintre. L'église du XIe siècle dont les murs sont minces (un mètre vingt) et non flanqués de contreforts, ne portait certainement qu'une charpente de bois. Lors de la reconstruction par contre, on lance une voûte d'ogive sur la nef que l'on épaule peut-être à cette même époque, par des arcs-boutants en brique, extrêmement primitifs, gros piliers rectangulaires à un mètre du mur, reliés à celui-ci par un quart de cercle surmonté d'un tympan. Deux existent au nord, un au sud qui s'appuie d'ailleurs en partie sur une fenêtre primitive bouchée, ce qui souligne encore la différence d'époque.

L'appareil du croisillon sud du transept appartient à la première église. Peut-être remontant à la même époque, s'ouvre à son extrémité une porte en plein cintre encadrée de claveaux de tuf.


b) L'intérieur.


L'élévation intérieure de la nef présente les mêmes caractéristiques qu'à l'extérieur, à savoir la différence d'appareil et les baies bouchées apparentes qu'aucun enduit ne masque plus.


Les baies gothiques, entourées d'un faisceau de deux nervures toriques séparées par des ressauts en angle droit, correspondent chacune à une travée. Au nombre de trois, celles-ci sont séparées par quatre piliers de brique engagés dans le mur : une demie-colonne (qui recevait le doubleau) s'appuie à un dosseret encadré de deux colonnettes (sur lesquelles s'appuyaient les nervures d'ogive). Deux piliers seulement ont des socles, et tous sont surmontés de chapiteaux en molasse très abîmés, dont les corbeilles s'ornaient de crochets sous des talloirs carrés, comme on en trouve au XIIIe siècle.


La voûte comme nous l'avons dit plus haut, n'existe plus, mais on distingue très bien son profil en arc brisé sur les murs latéraux.


Dans chaque angle de l'église apparaît encore sur quelques mètres la retombée d'une ogive qui est portée, à hauteur des chapiteaux des piliers, par un cul de lampe assez grossier, en quart de sphère. Ces portions d'ogive ont la forme de gros tores, éléments qui peuvent sembler assez archaîques puisque caractéristiques du XIIe siècle, mais qui sont encore utilisées dans l'église Saint-André au milieu du XIIIe siècle.

Sur le mur est de la nef, au-dessus de l'ouverture donnant sur le choeur, se distingue pris dans la maçonnerie, un large arc de brique brisé, très plat et un peu irrégulier. Trop bas pour correspondre au profil de l'ancienne charpente et ne se retrouvant pas de l'autre côté du mur, sa fonction reste mystérieuse. Arc de décharge ou simple motif décoratif, il a été conçu avec une certaine maladresse.


La nef s'ouvre sur le transept par trois arcades de taille différente : celle du centre, large et haute est encadrée de deux autres beaucoup plus petites, celle du sud lui arrive à mi-hauteur, tandis que celle du nord, bouchée mais visible monte pratiquement jusqu'au départ du cintre central. A l'intrados de l'arc médian, les piédroits ne descendent pas jusqu'au sol mais s'arrêtent à trois mètres au-dessus, en une moulure horizontale s'appuyant sur trois modillons en forme de têtes humaines. Dans l'arcade latérale sud se retrouvent deux figures du même genre. Nous sommes ici en présence d'un exemple unique d'église ajoutant à une nef simple un mur à triple arcade.


Le carré du transept est lui aussi à ciel ouvert. Les deux arcades qui le délimitent encore, côté nef et côté croisillon sud, sont de même hauteur. L'angle qui les relie est encore pourvu, un peu au-dessus, d'une des quatre trompes qui devaient porter une coupole, puis le clocher, que l'on sait à cet emplacement par le plan cavalier du prieuré, déjà cité. Ce genre de couverture sur un carré de transept, portant ou non un clocher, est assez fréquent dans les églises romanes de la région. La trompe encore en place témoigne elle aussi d'une certaine maladresse de construction : au lieu de la forme concave bien nette en demi-cône ou en petit cul de four que l'on trouve dans les monuments soignés, l'angle des deux murs rattrape tant bien que mal la forme circulaire du petit voûtin supérieur de la trompe, avec à la base une légère saillie faisant penser à un encorbellement.

Le croisillon sud ne présente plus de fenêtre romane, et s'il en a eu, elles ont disparu dans la vaste échancrure qui déchire le mur sud. Dessous, la porte plein cintre visible de l'extérieur, est bouchée. La couverture subsiste encore ; il s'agit d'un voûte d'arrête dont les retombées se font aux angles sud des culs de lampe, et se perdent au nord dans les piedroits de l'arc. Le bombement est très modéré, la ligne de faîte étant horizontale. Les pierres, bien visibles, permettent d'illustrer la technique habituelle de construction de ce type de voûte : les arêtes ne sont pas constituées d'une chaîne de blocs coudés communs aux deux berceaux, mais d'un enchevêtrement de pierres appartenant alternativement à l'un et à l'autre que l'on retaillait après la pose pour en dégager une forme angulaire ; quant à la carapace, réalisée sans tracé géométrique préalable, elle consiste en un conglomérat de pierraille et de mortier.


c) La chapelle d'Arces.


Rajoutée à la place de l'absidiole sud, la chapelle, rectangulaire, prolonge le croisillon du transept au-delà du choeur. Elle comporte deux travées.
On y accède par une grande arcade plein cintre en brique ayant conservé des traces de peinture ocre à l'intrados ; mais à l'origine, l'ouverture était plus large et surmontée d'un grand arc brisé dont on distingue, à l'intérieur, le profil.

En face (à l'est), symétrique, se trouvait également une grande fenêtre en arc brisé, occupant une bonne partie du mur, qui maintenant est très remanié. Chacune des deux travées est carrée, la première légèrement plus petite que la seconde.
 
Elles sont couvertes de voûtes d'ogives en briques ; dans la travée ouest, les ogives, mieux conservées, au profil assez compliqué et angulaire, retombent sur des culs de lampe en quart de sphère surmontés de collerettes de forme prismatique. On voit encore le cercle de la clef de voûte dont la sculpture a disparu. Les ogives de la travée est plus larges et carrées subsistent juste au niveau de leur retombée sur les culs de lampe, qui sont de même forme que les précédents, mais plus petits. Les deux parties sont séparées par un arc doubleau brisé qui repose sur des chapiteaux très usés aux tailloirs carrés surmontant des pilastres étroits dont la base est haute et de profil semi-polygonal.

Reliant le choeur à la travée Est se trouve une petite porte aux rebords chanfreinés, dont l'arc brisé est surmonté d'un gros boudin mouluré de même forme. Sur le mur Sud de cette même travée on peut voir deux éléments intéressants :
Une niche voûtée en plein cintre, délicatement ornée (colonnettes de part et d'autre sur base travaillée, arc trilobé sous le tore de l'arc plein cintre reposant sur des chapiteaux bagués, médaillon quadrilobé surmontant l'ensemble) servait de "piscine" destinée à l'usage des burettes et à l'écoulement de l'eau, ainsi qu'en atteste le trou rond percé au-milieu de la pierre de base, prolongé au-dessous par l'emprunte d'un tuyau. Juste à côté, un enfeu s'ouvre dans le mur et devait autrefois contenir le tombeau d'un membre de la famille d'Arces.

La plupart des éléments constituant les restes de cette chapelle font effectivement penser à un gothique assez tardif : les ogives au profil compliqué, alliant courbes et angles, avec un méplat en fort relief, la forme prismatique des collerettes des culs de lampe, les multiples angles des bases des deux pilastres intermédiaires, le décor découpé, délicat et abondant de la petite piscine, etc...


3. Le décor.


L'église du prieuré ne présente que très peu d'éléments décoratifs.

Bien qu'une grande partie du bâtiment ait disparu - façade, corniche, clocher, chevet, éléments qui en général faisaient l'objet de plus de soin - on peut imaginer que cet édifice un peu fruste comportait peu d'ornementation.

Les têtes sculptées.


Huit têtes sculptées existent, comme nous l'avons vu, à l'intrados des deux arcs reliant la nef au transept, supportant les retombées de ces arcs.

Dans celui du centre, trois sont disposées côte à côte de chaque côté. Les quatre figures situées aux extrémités semblent remonter à la période gothique, tandis que les deux du centre, de facture et de dimension différente, paraissent plus tardives, peut-être Renaissance.


Le premier ensemble de têtes, placé sans doute au moment de la reconstruction du XIIIe siècle, assez abîmé, est difficile à analyser : s'agit-t-il de représentations de saints (mais aucun attribut ne les accompagne), de moines, ou de personnages laïques sans signification ?

Les visages sont larges et un peu grossiers, mais on distingue toutefois une expression assez travaillée, rendue par le sourire à peine esquissé par le modelé des pommettes légèrement saillantes ; les yeux ne sont pas gravés, mais sculptés en relief ainsi que les cheveux courts et les oreilles.

C'est cette recherche de réalisme, malgré une certaine maladresse, qui fait plutôt penser à un esprit gothique. On ne dispose guère d'éléments de comparaison dans la région permettant de mieux cerner l'origine et le caractère de ce type de sculpture.

Les deux figures centrales, beaucoup plus petites, calées tant bien que mal dans des cavités trop larges, ne sont pas en meilleur état, Le travail des traits est plus fin, les visages sont plus étroits et mieux proportionnés. Le personnage du piédroit Nord ressemble à un ange avec ses cheveux ondulés qui encadrent son visage, tandis que son vis à vis, dont le crâne paraît tonsuré, représente plutôt un moine.

La pierre à entrelac.


A l'extérieur de l'église, une pierre sculptée de calcaire blanc a été placée lors de la construction du XIe siècle puisqu'elle se trouve à l'angle Sud-Ouest de la nef, à quelques mètres du sol, au niveau des fenêtres, au milieu de l'appareil en petits galets du premier édifice. Sur son côté le plus large, à l'Ouest, est représentée une croix, dont les quatre branches égales se terminent par une fleur de lis ; un ruban à trois brins forme, en s'entrelaçant à ce premier motif, quatre feuilles aux coins de rectangle de la pierre.

L'origine de ce bloc décoré est obscure. Appartient-il au XIe siècle à cause de son tracé assez compliqué ? Il aurait donc été sculpté pour la décoration de l'église romane. Pourtant il fait figure de pierre rapportée, insolite sur cet angle de l'édifice. Il semble plutôt avoir été pris sur un autre édifice, plus ancien, dans lequel il ne se trouvait pas à un angle, mais au milieu d'un mur puisque son second côté visible est beaucoup plus étroit ; et cette tranche lisse et nue, sans doute lorsqu'on a placé la pierre en construisant le prieuré, a été gravée, d'une manière tout à fait différente : on distingue en effet, bien que très effacée, une figurine linéaire, sans relief ni détails; l'un de ses deux bras se dresse, comme pour un geste de bénédiction.

Peintures.


Au début du siècle subsistaient dans un bâtiment conventuel situé au Sud du choeur quelques traces d'une crucifixion. Aujourd'hui, plus rien n'est visible et nous nous contenterons donc à ce propos de retranscrire ce qui en a été dit dans le livre intitulé « La Peinture Murale en France » :

"Ce vestige, quoique mutilé, présente un certain intérêt car on dispose pour le prieuré de Domène de dates précises ; la fondation a en effet eu lieu en 1027 par Ainard 1er de Domène et la consécration en 1058 par Léger archevêque de Vienne et d'autres évêques. La peinture remonte à cette époque.

Le bras gauche de la croix est conservé. C'était une croix pattée bordée de pastilles blanches selon un modèle qu'on rencontre fréquemment à l'époque carolingienne. On remarque les très longs doigts de la main du Christ. On devine encore aux côtés de la croix les têtes auréolées et le haut des corps de la Vierge et de Saint-Jean. Tous ces éléments font penser aux premiers temps de l'art roman".

Dans la chapelle d'Arces existaient sur les murs des peintures, actuellement disparues, que Albert du Boÿs décrit ainsi :

"Ces vieilles fresques, un peu grossières et tombant en poussière, représentent d'un côté Jésus Christ, de l'autre Saint-Paul avec son glaive, et un peu plus bas, un chevalier agenouillé sur une tombe dont il ne reste que les cuisses, jambes et pieds bardés de fer ; le tombeau-mausolée se trouvait sans doute en-dessous."


4. Eglise romane, église gothique : bilan et éléments de datation.


L'église romane remonte sans aucun doute au milieu du XIe siècle puisque l'on dispose de la date -1058- à laquelle la construction du prieuré se trouvait achevée. Le premier édifice, d'après ce que l'on peut en voir, était simple et sobre, à l'image de la plupart des petits édifices ruraux du Dauphiné à l'époque romane : un plan en T avec trois absidioles parallèles, une nef unique, des murs minces en petit appareil local irrégulier, de larges fenêtres cintrées assurant une grande clarté intérieure, une couverture toute simple en charpente, une coupole ou demi-sphère sur trompes au-dessus du carré du transept, supportant le clocher, des croisillons voûtés d'arêtes.

Une certaine maladresse s'observe dans la construction romane, en particulier dans l'irrégularité d'espacement des baies latérales de la nef et dans la facture de la trompe subsistant à un angle du carré du transept.

Pour l'église gothique, on ne dispose d'aucune date et d'aucune indication d'archive. C'est donc d'après des éléments architecturaux que l'on peut émettre des hypothèses quant à son époque d'origine.

Laissant intacts le transept et le chevet du premier édifice, la reconstruction ne s'est effectuée que sur la nef qu'elle a rehaussée d'un étage, avec des briques, et couverte d'une voûte d'ogive, séparant l'espace intérieur en trois travées chacune percée d'une baie.

L'emploi de la brique, bien qu'assez fréquent dans la région, peut sembler un peu surprenant de la part d'un monastère dont la richesse à l'époque ne fait aucun doute ; par comparaison, on peut citer l'église Saint-André de Grenoble qui en a été pourvue afin de faire vite et de réduire les dépenses dans la première moitié du XIIIe siècle. Ce détail peut faire penser à une volonté, chez les moines de Domène, d'imiter l'illustre construction pieuse des dauphins, ainsi que le nouveau chevet, choeur et abside de la cathédrale de Grenoble reconstruit en briques au XIIIe siècle.

Les arcs-boutants ne peuvent pas être considérés comme éléments de datation car on ne peut être certain de leur origine. Leur forme, tout à fait grossière et sans rapport avec un contrebutement gothique, même primitif, généralement constitué d'un arc assez fin et très oblique reposant sur un contrefort, fait penser à un rajout postérieur édifié en catastrophe pour éviter l'écartement de la nef. Celle-ci lors de sa reconstruction gothique n'aurait pas été contrebutée - on ne distingue aucune trace de contrefort, formule classique pour épauler une nef unique - sans doute parce qu'on a estimé que l'épaisseur des piliers, réduisant la largeur du vaisseau, assurerait la stabilité de l'ensemble. Mais à une époque postérieure indéterminée, il s'avéra sans soute que l'édifice menaçait de s'affaisser, et on ajouta d'urgence de gros massifs de butement aux endroits les plus menacés, ce qui peut expliquer l'irrégularité de l'épaulement extérieur.

Mais aucun texte ne venant appuyer cette hypothèse, le problème de l'origine de ces arcs-boutants, contemporaine ou non de la nef gothique, reste posé.

Malgré l'archaïsme des éléments constituant l'église gothique de Domène, on ne peut pour autant la faire remonter trop loin dans le temps car ce retard se style est une caractéristique de la région. Bien que l'architecture gothique soit bien établi en France à la fin du XIIe siècle, l'église du prieuré de Domène présente une silhouette extérieure encore romane alors qu'elle date de la première moitié du XIIIe siècle, et n'utilise que modérément à l'intérieur les éléments gothiques : baies gothiques encore en plein cintre, dont le profond ébrasement est garni de tores et de ressauts, la voûte dont on distingue le profil sur le mur Est, au dessin assez aplati et à peine brisé, les ogives en forme de gros tores...

Il est fort probable que la deuxième église du prieuré ne soit pas antérieure à celle de Saint-andré ; elle remonterait donc au plus haut à la première moitié du XIIIe siècle, ou peut-être juste après si l'on considère qu'elle s'inspire des deux exemples grenoblois (Saint-André et le choeur de l'abside de la cathédrale Notre-Dame).

Rappelons avant de finir que sous l'arcade centrale du mur séparant la nef du transept, une dalle masque l'orifice d'un trou qui était autrefois un escalier donnant accès au caveau de la famille Ainard, puis Monteynard.

Peut-être serait-il intéressant de l'explorer, opération que ne fut jamais réalisée de mémoire d'homme.   

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 00:00


Sauvegarde du Patrimoine Doménois
Notre association
Le Prieuré de Domène - Historique
Le Prieuré de Domène - Vestiges





La Commune de Domène
 

Présentation de la commune

Historique

La Motte de Domène

La Maison-Forte ou Véhérie de Domène

La Tour Ronde de Domène

Les édifices religieux à Domène

 

Présentation de la commune

 

1.Situation géographique.

 

A 10 kilomètres de Grenoble, se trouve entre Murianette et le Versoud la petite commune de Domène (530 hectares environs), s'étalant depuis l'Isère jusqu'aux premières pentes de la montagne.

 

Le bourg et son territoire sont partagés en deux parties égales par le ruisseau du Domeynon, torrent impétueux prolongeant celui de Revel et débouchant dans la plaine par une gorge étroite et profonde.


C'est sur son large cône de déjection que s'installe à l'origine, perché à 20 mètres au-dessus du niveau de l'imprévisible Isère, la petite agglomération de Domène, au Moyen-Age siège d'une puissante châtellenie, et devenue de nos jours chef -lieu d'un vaste canton.

 

2.Bref tableau de Domène au Moyen-Age.

 

Dans la première moitié du XIe siècle, la famille seigneuriale des Ainard, installée dans son château sur une émimence immédiate au-dessus du bourg, resserré au pied de la montagne, régente un important mandement s'étendant sur une grande partie de la rive gauche de l'Isère. A cette époque déjà, trois édifices religieux existent à Domène :

La chapelle castrale de Saint-André dans les remparts du château

La chapelle Saint-Nicolas de Mont-Garcin sur les pentes reliant le bourg au château

L'église Saint-Georges, située un peu en-dessous de la localité.

Domène, citée comme paroisse au début du XIIe siècle seulement, n'en est pas moins une au siècle précédent, mais on ignore lequel des trois sanctuaires tenait office d'église paroissiale avant la création du prieuré.


Ce monastère bénédictin dépendant de Cluny, s'installe entre 1027 et 1058 non loin de l'église Saint-Georges, grâce à la générosité des seigneurs du lieu.

Dès 1027, il est question de la "villa" de Domène. Cette désignation ne correspond pas à la seule localité, mais à tout le territoire environnant allant jusqu'à l'Isère.

Dans cet espace, on trouve un grand nombre de vignes faisant l'objet de dons au monastère, ainsi que des curtils considérés par N. Didier comme jardin avec légumes, potager et verger et maison d'habitation - des prés et champs, une forêt près de l'Isère et même une plantation de saules, sur l'Isère une ile appelée Popules est cultivée.


Le ruisseau de Domène est aménagé d'artifices : moulins et battoirs à chanvre le jalonnant. A plusieurs reprises sont citées des condamines : il s'agit de terres communes entre le comte et l'évêque de Grenoble. On trouve d'alleurs, encore de nos jours, au nord-est de Domène un toponyme "les Contamines".

Dès la seconde moitié du XIe siècle existe sur l'Isère au niveau de Domène un port "pour les navires". Il assurait la liaison de part et d'autre de la rivière, nécessaire puisqu'un grand nombre de nobles de la rive gauche ainsi que le monastère, possédaient des terres -surtout des vignobles- sur la rive droite. Ce passage pouvait s'effectuer en différents points de la vallée par des bacs ou ports, et en particulier par le pont du gros bourg de Goncelin. Nous avons trouvé un toponyme "le port" sur le cadastre Napoléonien pouvant être une indication de l'endroit où se tenait l'embarcadaire médiéval, soit immédiatement en aval du pont actuel de Domène.

Ce port semblait rapporter un gros bénéfice puisqu'avant 1080, date à laquelle tout cela est donné au monastère, les revenus en sont partagés entre plusieurs seigneurs, à savoir les seigneurs Ponce et Ainard, frères, fils d'Ainard 1er, qui en détiennent un tiers, Guillaume de Domène leur cousin, un tiers aussi, Guille, soeur de ce dernier et enfin Aténulfe, chevalier, neveu d'Ainard 1er.

A la fin du XIIIe siècle, en 1299, on apprend la présence d'une maladrerie à Domène,appelée aussi l'Aumône, sans doute crée par le prieuré. En 1497, cet hôpital se trouve sous la direction des consuls de Grenoble.

Au XIVe siècle, outre le château de Domène, qui a peut-être changé d'emplacement depuis la disparition des Ainard au profit du dauphin puis des comtes de Genève au XIIIe sièce, plusieurs maisons-fortes se dressent dans le bourg ou ses environs immédiats :

La "maison ou tour" qui appartenait autrefois à Odon Perrin -ce qui signifie qu'elle remonte au moins au XIIIe siècle- située certainement au-dessus de Domène puisqu'elle sert en 1303 de limite entre les terres du comte de Genève et celles du seigneur de Revel. Cette tour, aujourd'hui totalement disparue, pour laquelle il est question dans ce même texte de l'angle supérieur, était sans doute carrée comme la plupart de celles que l'on peut encore voir dans le Grésivaudan.

La maison-forte ou véhérie de Domène, appartenait à la famille de Saint-Geoirs, bâtiment également disparu, mais sûrement placé à cette époque dans le centre du bourg.

La maison-forte d'Arces, existant peut-être déjà au XIVe siècle bien qu'on n'en ait pas de mention avant le XVe siècle, mais dont il rest un souvenir -une petite tour perchée sur la falaise qui surplombe Domène.

 

Historique

 

1. Du XIe au début du XIIIe siècle : Le règne des Ainard.

 

L'origine de la seigneurie des Ainard se situe à la fin du Xe siècle lorsque l'évêque de Grenoble Isarn, après avoir chassé du diocèse de Grenoble des envahisseurs payens avec l'aide d'une poignée de valeureux guerriers, distribue à ces derniers des terres en remerciement.

C'est un certain Rodolphe à qui revînrent celles situées à Domène et dans les environs.

Elles s'étendent depuis la Coche de Theys jusqu'au ruisseau du Domeynon, soit un territoire comprenant 16 communes actuelles qui sont les suivantes :

Dans le canton de Domène :

La Combe de Lancey, Domène, Laval, Revel, Saint-Jean-le-Vieux, Saint-Mury-Monteymond, Sainte-Agnès, Le Versoud et Villard-Bonnot.

Dans le canton de Goncelin :

Les Adrets, Le Champ-près-Froges, Froges, Hurtières, La Pierre, Tencin et Theys.

La comune de Murianette, à l'origine non comprise dans le mandement puisqu'au-delà du Domeynon, semble y avoir été très vite inclue.

En effet, ce fief épiscopal, donné en alleu et dans lequel les seigneurs construisent un château à chaque extrémité à une date indéterminée, déborde rapidement de ses limites :

En l'an 1000, Rodolphe donne à Cluny et à l'abbé Odilon un manse à Murianette.

En 1027, le successeur du premier Rodolphe, portant le même nom, fait don à la même abbaye, en plus de l'église Saint-Georges de Domène, de la moitié d'un pêcheur à Saint-Hélène, c'est à dire en Savoie, dans les environs de Montmélian.

En 1058, lors de la dédicace de l'église du prieuré de Domène fondé par Ainard 1er, fils de Rodolphe, la famille Ainard offre en plus des églises de Domène qu'elle s'est appropriées (Saint-Georges, Saint-André et Saint-Clément), une serie de biens qu'elle détient à Saint-Ferjus et à Miséré sur la rive droite, à Vaulnaveys, à La Mure, dans le Trièves et dans le Champsaur.

En 1080, Ainard II, fils du précédent, décrit le fief de Domène tel qu'il est devenu.

Sur l'étendue du mandement, il possède tous les droits et la justice ; la villa de Murianette toute entière s'est ajoutée à ses terres ; il s'est approprié des biens de nature épiscopale puisque le cimetière de Tencin, les dîmes de Froges, Mont Reculat et Monteymont lui reviennent, et il a instauré des redevances sur les ruisseaux de Vorz et de Brignoud ; il reçoit en plaid sur chaque nouveau moulin 5 sous, et pour chaque nouveau battoir 2,5 sous. Mais ce patrimoine se trouve déjà morcelé puisqu'à la même époque, le frère d'Ainard nommé Ponse-Ainard, détient un fief dans lequel Ainard n'a aucune part ; ce fief est constitué de dix manses dans la paroisse de Saint-Ismier jusqu'à la "Buxeria" de Bouqueron, trois manses dans le mandement de Gières et trois autres dans la paroisse de Monteymond, le tout remontant à la faveur de l'évêque Ponse Claude.

On peut voir d'après les écrits relatifs aux Ainard que le simple propriétaire foncier de la fin du Xe siècle est devenu petit à petit le seigneur et le justicier, qui a la garde des églises, cimetières et dîmes, la jouissance exclusive de certains cours d'eau et de monopoles divers.

Le château des premiers seigneurs de Domène est situé juste au-dessus du bourg, sur les premiers contreforts de montagne.

 

2. Les comtes de Genève.

 

a) Le temps des comtes de Genève.

 

Au milieu du XIIIe siècle, une mutation s'opère au sein de la seigneurie de Domène, mais on en ignore les raisons.
 

En 1244, le dauphin Guigues acquiert par échange avec Pierre et Guigues Ainard les terres de Domène, la Pierre et Theys. Il leur donne pour cela la terre de Savel en toute justice, laquelle avait été donnée par la dame Delaye à la duchesse Béatrix : les frères Ainard remirent quant à eux tout le droit et la seigneurie que Guigues Ainard, leur père avait au château et mandement de Theys, à savoir la maison ou tour avec tout le tènement, prés, vignes, hommes, cens, rentes, vernes, paquerages, bois, montagne, fief, seigneurie,juridiction mère, mixte et impère, et autres droits corporels et incorporels situés depuis le lieu de Gières jusqu'à Allevard, et tout ce qui était enclos entre les plus hautes montagnes de l'Isère.

en 1246, Pierre, évêque de Grenoble, en investit le dauphin qui lui rend hommage.

Puis, dès 1252, on apprend que Guillaume, comte de Genève, possède par le prélat des terres en Grésivaudan ; son fils Rodolphe passe reconnaissance à ce dernier, en 1255, du château de Domène et lui rend hommage, sauf celui qu'il doit au dauphin.

Entre 1246 et 1252, les comtes de Genève ont donc été mis en possession des terres de l'alleu de Domène dépendant de l'évêque. Pour celles relevant du dauphin, il leur faut attendre le mois de mars 1283 : les officiers des châteaux de la Pierre, Domène et Theys sont sommés par le juge des comtes de Vienne et d'Albon et par le châtelain de Theys et Morêtel de rendre au comte de Genève les devoirs dûs précédemment au dauphin.

A partir de la fin du XIIIe siècle se succèdent en effet les hommages et reconnaissances aux comtes de Genève de la part des habitants des trois châtellenies. Les comtes quant à eux en font autant vis à vis des dauphins et des évêques de Grenoble.

 

Lorsque le Dauphiné est uni à la France en 1349, les comtes de Genève en sont inquiets et s'unissent à ceux de Savoie pour chercher noise au dauphin, qui confisque alors les terres de la rive gauche. Elles sont restituées à Amédée III en 1354 après un traité de paix. Amédée IV meurt en 1368, et commence alors une interminable succession de procès entre le dauphin et les comtes de Genève à propos des mêmes terres.

Le frère d'Amédée lui succède mais disparait un an après, laissant la place à un troisième frère, Pierre. En 1387, un procès s'engage car ce dernier refuse de prêter hommage au dauphin ; Philippe le Hardi, arbitre de l'affaire, le somme de se soumettre en 1389, ce que Pierre refuse, déclarant qu'il préfère perdre ses fiefs.

Par cette opposition, il perd tous ses droits sur lesdits fiefs et le roi-dauphin les revendique en vertu du droit de mainmorte que les comtes ont toujours exercé sur leurs vassaux, puisqu'Amédée IV était mort sans enfant. En 1292 pourtant, le pape Clément VII, autre frère des précédents comtes, réclame le mandement en héritage ; il en rend hommage au gouverneur du Dauphiné et le roi déclare renoncer pendant la vie du Pontife, à tout exercice de souveraineté sur les dits fiefs. Mais à la mort de Clément VII, en 1394, les terres de Theys, La Pierre et Domène tombent définitivement sous la tutelle delphinale.

 

b) Château et mandement.

 

Au XIIIe siècle, le château de Domène n'est plus comme au XIe siècle le siège principal du mandement, qui est appelé du nom des trois châteaux dominant ces terres, à savoir Theys, La Pierre et Domène. Celui de Theys semble avoir pris la tête, puisque dans l'acte d'échange de 1244, il est question uniquement du château et mandement de Theys. On peut d'ailleurs remarquer que les terres concernées, données par les Ainard, s'étendent à cette date jusqu'à Allevard, c'est-à-dire que sont englobées dans le mandement celles de Goncelin et Morêtel.

Les comtes de Genève ne s'installent pas dans leur fief du Grésivaudan mais placent à la tête des trois châtellenies un officier châtelin, ainsi que l'avaient fait auparavant les dauphins entre 1244 et 1283.

La châtellenie de Domène se réduit désormais à un territoire s'étendant depuis le château de Gières jusqu'à celui de La Pierre, ce qui correspond à l'actuel canton de Domène plus les communes des Adrets, de Champ-près-Froges et de Froges. Le château de Domène dépend de l'évêque de Grenoble puisqu'en 1255, Rodolphe de Genève reconnait le tenir de Falque, "jusqu'à l'eau de ce nom", c'est-à-dire le ruisseau du Domeynon ; il lui doit pour cela 60 livres de cire de cens aux foires de Grenoble et l'hommage.

Ce château du XIIIe siècle, on ignore s'il était le même que celui du XIe siècle. Il se trouvait en tous cas dans le bourg de Domène ou immédiatement à côté, puisque dans la charte de franchise de 1273, il est question des habitants "in castro seu burgo et suburbiis ipsorum" : le château et le bourg sont confondus. S'agit-il encore du château à motte, transformé par la suite en forteresse de pierre dont les remparts, descendant autour de la colline, auraient englobé le bourg, ou bien d'une nouvelle construction au milieu des maisons, entreprise par les comtes de Genève?.

Le terme de suburbiis indique en tous cas que Domène s'est étendue à cette date au-delà de son noyau initial et que la localité a pris une certaine importance.

 

Cette charte de franchise de 1273 est accordée non seulement par le comte de Genève, mais aussi par le seigneur de Revel qui possède une partie du mandement de Domène en fief du comte.

En 1303, lors d'un différent entre les deux seigneurs au sujet des limites de leurs terres, on apprend qu'Amédée, comte de Genève, tient toute la juridiction mère, mixte et impère dans l'étendue de la franchise de Domène et dans les territoires des villages du Versoud, de Villard-Bonnot, de Lancey, de Sainte-Agnès et de Laval, le ruisseau de Vors restant commun entre les deux parties, chacune pouvant de son côté y construire des artifices.

 

c) Seigneur et vassaux.

 

Les comtes de Genève, par l'intermédiaire de leur châtelains, jouissentde nombreux droits seigneuriaux sur leurs vassaux : justice, amendes, mainmorte, mutation, foires et marchés, leydes, cens et redevances pour les fours et les moulins.

Tous ces pouvoirs sont délégués à différents officiers :

Les châtelains, qui s'occupent de la justice, de la défense et de la bonnegarde du château. Celui de Domène en 1315, n'est qu'un simple chevalier, mais celui de Revel est un seigneur de la famille Alleman.

Les chevaliers, détenteurs de maisons-fortes, qui ont le même genre de fonctions, mais à titre plus restreint.

Les mistraux, qui en Dauphiné, n'ont pas charge de justice, mais doivent faire la recette des droits seigneuriaux et faire valoir les fonds dont ils disposent comme ils le jugent à propos ; ce sont donc des gardes de propriété, sur une étendue de terre de dimension variable, ayant pris le nom de mistralie ; plusieurs se répartissent le territoire qui nous concerne et on en connait au moins trois :

L'une s'étend sur les paroisses de Revel et de Domène

Une autre sur celle de Villard-Bonnot, Laval, Froges et La Pierre, tenue par la famille Morard de Theys

Et enfin une sur les paroisses de Venon et Murianette acquise au début du XIIIe siècle par Humbert de Bocsozel, seigneur de Gières. Le mistral est subordonné au châtelin et doit lui rendre compte de son administration.

Le véhier, officier jouant le rôle de police locale, récoltant les différentes amendes ; une véhérie existe à Domène.

 

En 1273, Aymon, comte de Genève et Pierre Alleman, seigneur de Revel, accordent aux habitants de Domène -le bourg ou le château ainsi que les faubourgs- une charte de franchise, fait assez peu courant à l'époque où peu de libertés sont concédées par des seigneurs autres que les dauphins. Comme pour celle d'Uriage, cela s'explique par l'influence ecclésiastique jouant beaucoup à Domène, et ces deux chartes prennent pour modèle celles de Grenoble effectuées en partie par des évêques.

- Comme pour les villes commercialement bien situées, les seigneurs confèrent aux habitants de Domène une personne morale qu'ils appellent "communitas".

- Les habitants de Theys, La Pierre et Domène sont déchargés de toute imposition sauf droit de fief.

- La punition des crimes est réglementée.

- Ceux qui viennent s'établir dans les limites de la franchise doivent trente sols à la caisse de la ville et prêter serment de fidélité au seigneur.

- Le seigneur conserve à Domène le droit de banvin, c'est à dire l'exclusivité de la vente du vin pendant un temps déterminé et à un prix assez élevé, mais il garantit qu'il ne le mélangera pas à de la "piquette", abus très courant à l'époque.

- Nobles et non nobles doivent assurer une garnison ou une garde pour la défense du château de Domène.

- Les habitants du bourg peuvent être convoqués trois fois par an aux chevauchées des seigneurs, mais ceux-ci doivent les défendre.

- En cas de conflit entre le seigneur de Revel et le comte de Genève, les roturiers sont autorisés à rester neutres alors que les nobles suivent le seigneur dont ils dépendent.

 

Cette charte, comme celle d'Uriage, exempte donc les habitants des charges personnelles et garantit en plus leurs personnes et leurs biens auprès de la juridiction seigneuriale. Amédée, comte de Genève, en 1290, accorde aux affranchis les mêmes libertés que celles de 1273.

Domène, tiraillé au cours des siècles entre les comtes de Genève, les dauphins et les évêques subit ici l'heureuse influence de ces derniers qui pourtant, à la fin du XIVe siècle, ne posséderont presque plus rien de leur ancien territoire tombé sous la tutelle exclusive des dauphins, hormis la paroisse de Murianette et une partie de celle de Domène.

 

La Motte de Domène

 

1. Les textes.

 

C'est en 1058 que le château est cité pour la première fois, lors de la dédicace de l'église du prieuré. Le seigneur Ainard, à cette occasion, donne à Cluny la chapelle du château, dédiée à Saint-André, le fruit de ses noces et les oblations des hommes demeurant dans l'enceinte du château. C'est le terme de "castellum" qui est utilisé ici. La date de construction du château se situe donc entre l'arrivée de Rodolphe, vers 972, et le milieu du XIe siècle. Vers 1080,lorsque Ainard offre au monastère de Domène toute sa part des églises, il est dit que celles-ci sont situées dans l'alleu du château de Domène ("in alodo castri e jusdem Domina"). "Castrum" est employé dans ce texte.

Vers 1090, Hugues, prieur de Domène, engage à la veuve de Ponce Chamousset la moitié d'un manse situé "ante predictum castellum".

A la même époque un testament s'effectue "apud castrum Dominam".

En 1110, Hugues évêque de Grenoble, donne au prieuré de Domène les églises de Revel, Saint-Jean-le-Vieux, Villard-Bonnot, et la chapelle du château de Domène (capellam de castro Domina). La chapelle du château est citée deux fois encore, en 1120, et en 1155 pour son chapelain, avec le mot "castello".

Sur les sept mentions dont nous disposons relatives au château de Domène, castellum est employé quatre fois et castrum trois fois, et pour désigner semble-t-il la même chose(l'un aurait pu signifier le château lui-même et l'autre le château plus l'enceinte).

 

2. La motte.

 

Elle porte aujourd'hui le toponyme de Château-Vert. Située un peu en dehors du bourg actuel, sur les premiers contreforts montagneux, elle domine le haut de Domène d'une cinquantaine de mètres.

On y accède par un petit sentier tortueux, s'élevant dans la forêt qui recouvre le site et rend difficile toute visite ou étude dès le printemps.

La construction de terre tient manifestement compte du relief naturel, c'est à dire d'une butte schisteuse barrant la forte pente d'un épaulement à la jonction des gorges abruptes du Domeynon et de la vallée de l'Isère.

L'emplacement choisi est suffisamment élevé pour que la vue s'étende en facejusqu'au massif de Chartreuse et sur une grande partie de la vallée du Grésivaudan ; du côté de la montagne , on peut même apercevoir la tour carrée de Sommiers sur la commune de Revel.

La motte, de forme tronconique possède encore son fossé, bien visible côté montagne ; il a été recreusé de main d'homme, l'apport de terre prélevée servant sans doute à surélever le promontoire ; mais bien comblé par le temps, son profil n'est pas discernable. Les côtés Est et Ouest de la butte sont protégés par les fortes déclivités surplombant les deux vallées. Il est possible par contre que la pente descendant vers Domène, au Nord, ait été accentuée sous la basse-cour pour en interdire l'accès.

 

Le sommet de la motte ne se trouve qu'à une demi-douzaine de mètres environ au-dessus du fossé (côté sud). La plate-forme sommitale, de forme indéfinissable est assez grande, puisqu'elle mesure à peu près 10 mètres par 15 mètres. Il reste quelques pans de murs de pierre, attestant donc une construction postérieure à la forteresse de terre ; cette tour de pierre était sans doute rectangulaire car la surface est trop importante pour être ronde. Au milieu de la plate-forme, une rupture de terrain laisserait penser à 2 niveaux dans la construction. Une pente forte relie la motte à sa basse-cour, à quelque 15 mètres plus bas, qu'aucun fossé ne sépare(une cupule est creusée au milieu, entre la motte et la basse cour mais elle est récente car aucun travail du temps n'apparait ; sans doute est-ce la substruction d'un bâtiment construit le siècle dernier). Cette basse-cour, de dimension assez restreinte, est à peu de chose près ovale. Quelques pans de murs de pierre la ceinturent encore à l'extérieur, du côté de Domène. Le chemin creux montant du bourg, longe du côté Est la basse-cour puis la motte ; sans doute a-t-il été recreusé récemment, car on aperçoit sur certaines pierresdes traces de dynamite ; c'est le profil type du chemin servant à descendre du bois. Pourtant, au niveau de la basse-cour, il devient véritable tranchée qui semble d'origine puisqu'un reste de mur de pierre soutient encore la plate-formeà cet endroit ; de l'autre côté de cette tranchée se trouve une autre plate-forme, petite et plus basse, sans trace de murs de pierre. Il est possible que l'on soitici en présence d'un système défendant l'accès de la fortification.

 

Les relations de ce château avec des sites religieux sont ici évidentes (non pas sur le terrain, mais dans les textes). Il existe une chapelle castrale dédiée à Saint-andré, dès le XIe siècle, mais aucun indice archéologique ne nous aiguille sur sa situation. Par contre, les textes à partir de 1100 parlent d'une chapelle Saint-Nicolas à Domène, située au "Monte Garcino" (Montgarcin) au-dessus de Domène. Or de nos jours, un quartier Saint-Nicolas se trouve dans le haut du bourg, tout contre les premières pentes montant vers la motte. C'est sans doute en cet endroit qu'avait été érigée cette chapelle. Les habitants parlent d'une statue ayant été découverte dans le coin.

Au XVIIIe siècle, sur l'mplacement de la motte existait encore un bâtiment mais en fort mauvais état : Mgr Jean de Caulet, en 1732, en effet, n'y trouve qu'une "vieille masure" appelée "château Verd".

 

Le fait qu'un bâtiment de pierre ait succédé à la construction en bois, puisqu'il en reste des substructions au sommet de la butte, peut signifier que le château du XIIIe siècle, contemporain des comtes de Genève, ait occupé le même emplacement.

 

La Maison forte ou Véhérie de Domène

 

Ce bâtiment n'existe plus. Pourtant, il tint un rôle important au Moyen-Age et même après.

A partir du XIVe siècle, la charge de véhier est attachée à une maison forte située à Domène.

Un véhier existe à Domène dès la fin du XIe siècle : Otmar aténulfe, vicarii de Domina. Le cartulaire de Domène ne nous donne aucune précision sur les fonctions de cet homme, fonctions qui d'une manière générale sont mal connues jusqu'au XIIIe siècle. A cette époque, un certain nombre existe dans la région (Gières, Bernin, Moirans...)

Le véhier est un officier préposé par le seigneur à la recette des deniers provenant de la justice. La plupart de ces offices ayant été inféodés par la suite, ont conservé leurs droits et perdu leurs fonctions. Dans le temps qu'elles subsistaient , la part du véhier sur sa recette était le tiers total. Plusieurs hommages rendus pour des véhéries font mention de ce tiers.

En plus de son rôle de police locale, le véhier surveille les marchés et perçoit un droit de leyde et les langues de boeufs, vaches, veaux, génisses abattus et mis en vente, ainsi que la moitié des amendes et condamnations.

 

A Domène, les Saint-Geoirs qui sont aussi seigneurs de Beaucroissant, assurent ces fonctions dès le début du XIVe siècle ; cette famille se trouve dans la vallée depuis le XIIe siècle et y possède des fonds considérables depuis Gières jusqu'à Theys et Morêtel.

Le premier Août 1313, Guillaume, comte de Genève, déclare maintenir Roger de Saint-Geoirs à la véhérie de Domène avec les droits en dépendant, soit la troisième partie des amendes, à charge de la tenir de lui en foi et hommage.

Rodolphe succède à son père Roger et prête hommage au dauphin en 1343.

Pierre de Saint-Geoirs, chevalier, fils de Rodolphe, déclare le 3 mai 1353, tenir en fief d'Aymon, comte de Genève, tous les biens qu'il possède sur le territoire de Domène, sauf le four étant de la directe du seigneur de Revel.

 

Dénombrement des biens :

- Une terre d'un demi-journal près du ruisseau.

- Différents cens et rentes.

- Langues de tous bovins tués et mis en vente.

- La moitié de la leyde du lieu.

- La maison-forte de Domène avec plaçages et appartenances, moulins et autres édifices confinant le chemin public par lequel on va au prieuré d'un côté, le grand ruisseau de l'autre côté et la grenette dudit lieu d'autre côté.

- Son office de véhier avec droits et profits.

- Une pièce de vigne et un verger.

- Une maison sous la véhérie, qui joint le chemin allant au monastère.

- Une pièce du bois Chapolier au lieu-dit la Haye, près du bois du château de Domène.

- Une pièce du bois Vernay, près de l'Isère à côté du bois du cloître de Domène.

- Les moulins de la Combe de Domène.

 

Par la suite, un différent eut lieu entre Pierre de Saint-Geoirs et les officiers delphinaux. En 1381, il présente une requête au Conseil Delphinal tendant à être maintenu dans la possession de la véhérie de Domène à laquelle était attaché le droit de percevoir le tiers du produit des amendes, compositions et autres revenus de la justice dudit lieu. Depuis que la terre de Domène est échue au dauphin, les officiers delphinaux ont prétendu s'emparer de la véhérie ainsi que de la leyde, de la gannerie et de l'office de meynier dont le suppliant et ses prédécesseurs avaient paisiblement joui depuis un temps immémorial.

En 1440, Antoine de Saint-Geoirs, co-seigneur de Beaucroissant, vend la véhérie de Domène à Aymon II de Chissé, évêque de Grenoble. Son successeur, Sibout de Séchilienne, l'inféode en 1467 à Guigues Alleman.

 

La maison-forte ou véhérie de Domène 

 

Située au milieu du bourg et sur la route principale, entre le grand ruisseau et un chemin conduisant au prieuré, elle occupait, près du pont actuel, l'emplacement transformé de nos jours en place publique. Il y avait au début du XIXe siècle deux tours et une muraille, démolies en 1825. Ces deux tours, plus la maison jointe appelée dans les derniers temps maison fermière, formaient un seul tènement, connu sous le nom de Domaine de la Tour. La prairie d'à côté et le chemin ont conservé les noms de Pré de la Tour et Chemin de la Tour.

 

La Tour ronde de Domène

 

1.Quelques rares et tardifs écrits.

 

La famille d'Arces s'est installée à Domène durant le Moyen-Age et y possède une maison-forte. Elle est connue sur titre depuis 1160. Le nom provient du lieudit d'Arces, apparaissant vers 1040 en la paroisse de Saint-Ismier où se trouve une vieille tour carrée méritant le nom de donjon. Louis d'Arces au XIIe siècle, n'a qu'une fille, Guiffrède, qui épouse en 1216 Hugues de Morard ; leurs deux premiers fils relèvent le nom maternel et cinq branches en sont issues ; le dernier fils continue le nom paternel. C'est donc une de ces cinq branches d'Arces qui se fixe à Domène où elle tient une maison-forte au XIIIe siècle.

 

Quelques mentions tardives de membres de cette famille :

 

- En 1446, Claude d'Arces rend hommage au dauphin pour sa maison-forte d'Arces à Domène.

- Claude Alleman, châtelain de Domène, vend en 1532 à Antoine d'Arces une part du droit de péage perçu au-dessous du grand pont de Domène.

- Guy Allard, dans son dictionnaire du Dauphiné, mentionne dans son paragraphe sur les maisons-fortes, deux bâtisses de ce genre portant le nom d'Arces : il s'agit de celle de Saint-Ismier et de celle de Domène.

- En 1732, le châtelain de Domène est Joseph d'Arces. A la même époque, la carte de Cassini montre une tour en ruine, dite d'Arces, sur les premières pentes de Belledonne, juste au-dessus de Domène, sur la rive droite du Domeynon.

La famille a donc habité en ce lieu (correspondant à des ruines sur le terrain) qui en a gardé le nom, jusqu'à une période indéterminée où elle s'est transplantée dans le bourg de Domène, sans doute à l'emplacment actuel que les habitants de Domène appellent maison-forte ou château d'Arces, grosse maison sur la place du bourg, entièrement reconstruite. Celle-ci correspond aussi peut-être à une partie de l'ancienne véhérie des Saint-Geoirs puisqu'en 1732, Henri d'Arces passe reconnaisance à l'évêque de la maison-forte de Domène appelée véhérie de la châtellenie.<br>

 

2. Etude des ruines.

 

La petite tour que l'on peut encore voir sur le terrain se trouve non loin du hameau de Beauregard, sur l'extrémité ouest de l'épaulement surplombant Domène, bien protégée par un à pic impressionnant d'une hauteur de près de deux cents mètres, la vue plonge sur le bourg de Domène et sur une partie du Grésivaudan, en face d'elle un peu plus bas et de l'autre côté des Gorges se distingue le profil de la motte à travers les arbres.

Il s'agit donc d'une petite tour ronde, d'environ trois mètres de diamètre, composée de murs épais (plus ou moins un mètre). Elle n'est conservée que sur un étage dont le sommet a été cimenté et mis en herbe (ce qui prouve une volonté de ne pas laisser disparaitre ce vestige). L'appareil est moyen et irrégulier avec un mortier moderne par endroits. Une porte au cintre un peu angulaire et grossièrement appareillé s'ouvre du côté de la montagne (sud est) ; elle est encadrée de deux meutrières, simples rectangles non appareillés. Une autre meurtrière surveille le côté nord est, d'où arrive un chemin, aujourd'hui enfoui sous les broussailles mais encore bien visible, qui devait être l'accès de Revel à l'époque. Cette ouverture est d'une forme que l'on trouve à partir du XVe siècle, c'est-à-dire un trou rond avec une mire au-dessus. Elle est d'origine ou a-t-elle été recreusée postérieurement ?.

L'unique pièce de la tour, ronde bien sûr, est couverte d'une sorte de coupole grossièrement appareillée.

A côté de la tour, au sud ouest, le sol laisse apparaître un trou et, semble-t-il, quelques restes de murs. Les habitants du coin pensent bien évidemment à un souterrain, mais sans doute s'agit-il plutôt du reste de la maison-forte, dont la petite tour n'aurait été qu'une partie. Seuls des sondages pourraient confirmer cette hypothèse, car il est impossible de voir s'il y a un arrachement du côté sud ouest de la tour, le lierre et les broussailles la défendant sauvagement.

Si l'on admet que l'embrasure pour arme à feu n'a pas été rajoutée postérieurement, cette construction remonte donc à une époque assez tardive, à partir du XVe siècle.

Les édifices religieux à Domène.

 

Outre le prieuré, existaient à Domène au XIe siècle une ou deux églises et deux chapelles, toutes disparues de nos jours.

 

1 L'église Saint-Georges.

 

Aucune trace de cette ancienne église ne subsiste.

En 1027, Ainard et sa femme Fecenne donnent à Cluny l'église Saint-Georges, située "in villa ibi in sita vocabulo Domina". C'est la première mention de l'édifice. Dans la bulle du pape Etienne IX, du 6 mars 1058, confirmant l'existence de l'obédience de Domène et son appartenance à l'évêque Saint-Hugues, celle-ci, consacrée à Saint-Georges, se trouve d'après le texte non loin du château de Domène ("juxta castrum quod vocatur Domena). Saint-Georges appartenait donc dès le début du XIe siècle au seigneur du lieu. On ignore si sa fonction était paroissiale. Son vocable, courant dans la région de Grenoble et de Vienne à la fin du VIe siècle peut être un élément d'ancienneté. En tout cas, l'église n'avait pas été crée par le seigneur de Domène, puisqu'autour de 1110, l'évêque Hugues de Grenoble la donnant à part entière au prieuré de Domène, déclare qu'elle avait été auparavant accaparée par un seigneur laïc, qui en avait cependant rendu l'investiture. Elle se trouve donc à l'origine du prieuré de Domène qui est dédié à ce saint jusqu'à la dédicace de la nouvelle église Saint-Pierre et Paul, en 1058. Elle est désormais confondue avec le monastère et ne figure plus dans les différents pouillés des XIIe et XIVe siècles. Tout ceci porte à croire que Saint-Georges était située dans les environs immédiats de l'actuel prieuré, en dessous du bourg du côté de l'Isère ; le pouillé de 1497 la place en effet toute proche de l'église Saint-Pierre du prieuré. Les deux églises, plus ou moins confondues, servent toutes deux de paroisse jusqu'au XVIIIe siècle.

 

2. L'église Saint-Clément.

 

On ignore tout de cette église qui n'est citée que dans un seul texte : lors de la dédicace de l'église du prieuré de Domène en 1058, Ainard donne aux moines en même temps que Saint-Georges, l'église Saint-Clément avec toutes ses dépendances. Mais il n'est pas précisé l'emplacement de cet édifice et rien ne prouve que ce soit à Domène : il est curieux qu'elle ne soit jamais plus mentionnée par la suite alors que les chapelles Saint-André et Saint-Nicolas figurent à plusieurs reprises dans les textes et pouillés postérieurs. Le seigneur Ainard, dont les possessions dépassent déjà à cette date les limites de son mandement, a pu, s'approprier une église située dans les environs : une charte de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle parle d'une église Saint-Clément du Drac.

 

3. La chapelle Saint-André.

 

La chapelle Saint-André, du château de Domène, est citée en 1058 comme les autres édifices religieux donnés par le seigneur Ainard au prieuré de Domène. Elle doit se trouver dans l'enceinte du château puisqu'il est question dans la donnation des oblations des hommes demeurant dans ce périmètre. Mais on n'exclut pas la possibilité de l'existence antérieure du sanctuaire, que le château aurait repris à son compte : Saint-André est un vocable ancien donné à de nombreux édifices de la région aux Ve et VIe siècles.

La chapelle castrale avait sans doute pris une fonction paroissiale, desservant le bourg de Domène dont les maisons se serraient au pied du château.

 

4. La chapelle Saint-Nicolas du Mont Garcin.

 

En 1110, dans le pouillé de Saint-Hugues, figure une chapelle "Sancti Nicolai de Monte Garcinesco" qui doit 6 deniers à l'évêché.

Le lieu de Mont Garcin est cité à plusieurs reprises dans le Cartulaire de Domène. En 1058, Ainard donne au prieuré un manse "in monte Vuarcino". Autour de 1100, Arbert et sa femme font don d'un manse situé "in villa vel loco qui nominatur de Monte Vuarcino". Au XIIe siècle, l'endroit devient "Monte Garcino" et les deux manses que les moines y possèdent doivent une grosse redevance en argent et en nature.

On sait que ce lieu se situe à Domène car la chapelle est appelée "Saint-Nicolay de Domena" en 1375. A cette date, sa redevance à l'évêché s'élève à 12 livres et 10 sous, ce qui est considérable par rapport aux églises des environs et prouve son importance malgré son titre de chapelle.

En 1497, on apprend que Saint-Nicolas, "fondée hors de Domène", est unie à l'office du réfectoire du prieuré. En 1672, la chapelle existe encore, mais se trouve en fort mauvais état et Mgr Le Camus ordonne de la réparer. Dix ans plus tard, le petit édifice, situé dans un texte "au-dessus de Domène", est démoli et il est précisé que l'officier claustral du prieuré chargé du service devait auparavant y dire une messe tous les dimanches, suivant la visite de 1489.

 

Un seul endroit est suceptible d'être construit au-dessus de Domène, étant donné les pentes abruptes surplombant l'ensemble de la commune. Ce lieu correspond au terrain immédiatement au-dessus du bourg sur la rive gauche de Domène, moins raide vers le bas, s'élevant vers la motte. Ce quartier se nomme encore aujourd'hui Saint-Nicolas et c'est là que les Doménois auraient découvert une vieille statue.

Au début du XIIe siècle existaient donc, toutes proches l'une de l'autre, la chapelle castrale Saint-André et la chapelle Saint-Nicolas de Mont-Garcin ; proximité un peu inexplicable d'autant que les fonctions et l'origine de Saint-Nicolas ne nous sont pas connues.

 

 

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